dimanche 22 juillet 2012

La vendetta de Sherlock Holmes, de Ugo Pandolfi et Jean-Pierre Cagnat

Voilà une aventure de Sherlock Holmes originale à plus d'un titre, que je me suis procurée à l'occasion d'une escapade festivalière à Ajaccio où j'ai pu rencontrer l'auteur (de son vrai nom Jean Pandolfi-Crozier). J'avoue tout : si je me suis intéressé à cet ouvrage, c'est parce qu'il est abondamment illustré et que j'ai craqué sur ces dessins signés Jean-Pierre Cagnat (voir son site riche en illustrations : ICI). Est-ce que Conan Doyle aurait apprécié la façon dont son héros est croqué ? Je n'en sais rien, mais pour moi c'est réussi.
Ces dessins vont à merveille avec le texte, un roman présenté comme le carnet de voyage d'Ugo Pandolfi, arrière-grand-oncle de l'auteur, carnet "miraculeusement" retrouvé puis scanné avant qu'un mystérieux attentat vienne le réduire en cendres... C'est qu'il en a, des choses à raconter, l'arrière-grand-oncle ! Ingénieur des Mines, géologue compétent et réputé, il a à son actif une étude approfondie des roches et minerais corses, et cela va lui valoir de devenir le compagnon de route et d'aventures de... Sherlock Holmes en chair et en os. Eh oui ! Il semblerait bien que les nombreuses associations d'holmésologues encore actives un peu partout dans le monde soient dans le vrai : Sherlock Holmes a réellement vécu et Sir Arthur n'a fait "que" s'inspirer de l'extraordinaire aventurier qu'il fut...
Bref, je passe sur les aventures que vont vivre Ugo et Sherlock pour dire quelques mots sur ce qui m'a plu dans cette histoire, au-delà des illustrations. Le style, tout d'abord. On se croirait dans un roman de Conan Doyle, avec ce mélange de temps un peu démodé ou le passé simple et ses terminaisons en "âmes" se mêle à l'imparfait, au passé composé et au présent pour donner un ton très "dix-neuvième" qui colle parfaitement à l'ambiance. Le rythme est lent, et c'est ce qui convient dans une Corse où l'on se déplace en calèche, où les messages arrivent par câble, où le "paquebot" qui relie l'île au continent mesure huit mètres de large... Le voyage, ensuite. Sherlock Holmes et son compagnon ingénieur vont arpenter la Corse du Nord au Sud et de l'Est à l'Ouest, sous le prétexte de traquer le dangereux chef d'une "organisation criminelle tentaculaire", et c'est l'occasion de présenter l'île, ses habitants, ses paysages et ses spécialités gastronomiques solides et liquides dans un dix-neuvième siècle qui à tout bien regarder ne semble pas si éloigné. Sherlock Holmes, dans cette Vendetta, a une sacrée descente ! Et il apprécie tout particulièrement le blanc... Et le miel. Mais, au-delà des aventures de Sherlock Holmes et de la "visite touristique" de la Corse, ce livre fourmille de références historiques, politiques et culturelles qui lui donnent un intérêt supplémentaire, voire majeur. Pèle-mêle, on y parle de Maupassant, de Bonaparte, de Zola, des anarchistes, de Hamlet ; on y croise Alphonse Bertillon et Enrico Ferri ; on s'y intéresse à l'apiculture et aux propriétés mathématiques des alvéoles des ruches... De nombreuses notes de bas de page apportent des compléments d'information, mêlant habilement réalité et fiction.
Pour toutes ces raisons, et ce ne sont pas les seules, La vendetta de Sherlock Holmes est un ouvrage séduisant et réussi.
Un point remarquable par les temps qui courent : le livre, publié aux éditions Albiana en grand format et abondamment illustré, est vendu 14,50 € seulement. Moins cher, et nettement plus intéressant, que ces "vus dans le journal" sans saveur ni odeur que les médias propulsent en tête des ventes chaque été...

1 commentaire:

  1. Grand merci Hervé pour cette lecture critique si enthousiaste. Comme mon complice Cagnat, je suis tout rouge de plaisir. Amitiés d'en Corse

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